Secrétariat international de la CNT

Tunisie : Le soulèvement des habitants du bassin minier de Gafsa : un premier bilan

Publié le mardi 13 janvier 2009

Demain, 13 janvier 2009, se tiendra à Gafsa le procès en appel des
leaders et animateurs du mouvement du bassin minier. Le 11 décembre
2008, la chambre criminelle du tribunal de première instance de Gafsa a
prononcé de lourdes peines à l'encontre de Adnane Hajji et ses
camarades. 33 des 38 accusés ont été condamnés à des peines allant
jusqu'à 10 ans et un mois de prison pour 7 d'entre eux. Lors de cette
mascarade judiciaire, le tribunal a rendu son verdict sans interroger
les accusés et sans permettre à la défense de plaider.


TIRER LE BILAN DE LA LUTTE

Une grande vague de protestations populaires secoue, depuis le 5 janvier
2008, la région de Gafsa (sud-ouest de la Tunisie) et plus
particulièrement les villes du bassin minier. La contestation a commencé
suite à l'annonce des résultats d'un concours de recrutement organisé
par la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG dans la suite du texte),
principal employeur de la région. Ces résultats ont été jugés, par la
population, « décevants », en effet le nombre de candidats admis était
réduit et ne répondait pas à ses attentes.

En plus, les critères adoptés
dans le choix de ces candidats n'étaient pas objectifs ; favoritisme,
loyauté au pouvoir et « bakchich » ont prévalu face à la compétence. La
contestation a éclaté d'abord à Redeyef, elle a gagné ensuite les autres
villes minières, en particulier M'dhilla et Moularès. Ainsi, l'ensemble
de la région de Gafsa a été secoué par un soulèvement social sans
précédent, considéré par les observateurs comme le plus important en
Tunisie durant les deux décennies de pouvoir de Ben Ali, voire depuis la
« révolte du pain » de 1984.

Il est donc évident qu'un tel événement
doit être analysé pour en tirer quelques leçons, même si le mouvement
est encore en cours. Un premier bilan pourrait contribuer à ce qu'il
tienne plus longtemps face à la dictature et à arracher des acquis qui
serviraient de stimulant pour tout le mouvement populaire. Ainsi nous
allons suivre à travers cet article l'évolution des événements en
cherchant les causes et en analysant les mots d'ordre et les formes de
lutte inventées par les masses populaires dans leur confrontation avec
l'appareil répressif du régime de Ben Ali.

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LES CAUSES PROFONDES DE LA RÉVOLTE

Les résultats du concours de recrutement à la CPG publiés le 5 janvier
2008 n'ont en fait constitué que la goutte qui a fait déborder le vase.
La réaction des habitants n'aurait pas pu être aussi forte et profonde
si la région ne vivait pas depuis longtemps dans une misère profonde.

Tout y prédisait une grande explosion, les signes annonciateurs se sont
multipliés. En septembre 2007 nous avions déjà écrit, suite à la
répression du rassemblement organisé par « le comité régional des
diplômés enchômagés » et au cours duquel la militante Afef Ben Naceur a
été sauvagement agressée par la police politique : « attendez-vous
prochainement à une grande surprise ».

Depuis l'époque coloniale, et jusqu'à nos jours, la production de
phosphate reste le pilier central de l'activité économique dans la
région de Gafsa, ce qui rendait la vie de villes entières (Redeyef,
Metlaoui, Moularès et M'dhilla) entièrement dépendante de ce minerai qui
assurait aux habitants une certaine sécurité.

Les choses ont continué
ainsi jusqu'au terme de l'époque coloniale (1956) et même jusqu'aux
années 70 du siècle dernier. Mais « la vache à traire », c'est-à-dire la
CPG, a commencé à avoir des difficultés dues surtout à une mauvaise
gestion.

En 1986, elle a été incluse dans le programme de
restructuration des entreprises publiques imposé par le FMI et la BM
dans le cadre du « Programme d'ajustement structurel » (PAS). Cette
restructuration n'a tenu compte que des taux de profits à réaliser ou à
préserver. Elle a donc été réalisée aux dépens de la force de travail.
Ainsi le nombre des ouvriers de la CPG a baissé de 14000 dans les années
80 à environ 5300 en 2007 (en 2006 ce chiffre était de 5853 employés
dont 492 cadres). La société a eu recours à la mécanisation pour
comprimer la main d'oeuvre, elle a également augmenté le nombre d'heures
supplémentaires pour éviter de nouveaux recrutements. Le coût de ces
heures s'est élevé durant ces dernières années à environ 5 millions de
dinars (1$ = 1,200dT).

Quant à l'État, qui n'a cessé de se décharger de
son rôle social et de se transformer en un simple « gendarme »
soumettant les travailleurs à une exploitation féroce au profit d'une
nouvelle poignée de mafieux et de corrompus locaux et étrangers, il n'a
rien prévu pour subvenir aux besoins des habitants de la région dont le
tissu économique est resté inchangé. Les investissements ont continué à
s'orienter particulièrement vers les régions côtières aussi bien pour
des raisons économiques (la recherche de profits) que pour des raisons
politiques (préservation d'une clientèle politique), ce qui a accentué
le régionalisme, caractéristique essentielle du régime « destourien »
depuis son avènement en 1956.

Ainsi les villes du bassin minier, comptant une population de dizaines
de milliers d'habitants, ont sombré dans l'oubli et se sont trouvées
marginalisées et confrontées à une situation difficile. Leur richesse en
phosphate continue à être pillée. Avec l'installation des « laveries »,
la CPG a mis la main sur une grande partie des ressources en eau potable
dans la région.

Et le plus grave est que l'eau polluée utilisée pour le
lavage a affecté les nappes phréatiques saines si bien que les habitants
de Redeyef, par exemple, se sont trouvés obligés d'acheter de l'eau
potable en provenance d'autres régions (1 dinar les 20 litres).

Cette situation a entrainé l'aggravation du chômage dont le taux est
devenu alarmant, surtout chez les diplômés de l'enseignement supérieur.

Le taux de chômage dans la région s'élève au double et parfois au triple
du taux national officiellement évalué à 14 ou 15% de la population
active. Par ailleurs, les services publics, tels que l'éducation, la
santé, l'habitat et le transport se sont dégradés suite à leur
privatisation et à l'augmentation de leurs coûts. Les masses populaires
ne peuvent plus assumer les frais de scolarité de leurs enfants,
notamment ceux qui doivent s'inscrire à l'université, les frais des
soins et des médicaments, les frais de transport ou d'habitat. De
surcroît, les prix des matières de base n'ont cessé de flamber de par le
monde.

L'augmentation a touché les produits de première nécessité tels
que les produits alimentaires, les vêtements et les carburants. Vu le
bas niveau des salaires qui ne suivent pas le rythme de l'inflation
galopante ainsi que la faiblesse des revenus des petits propriétaires,
commerçants et artisans, ainsi que l'absence de tout revenu pour les
chômeurs dont le nombre ne cesse d'augmenter, la région de Gafsa s'est
transformée en un espace immense de pauvreté, de précarité et de
marginalisation sociale.

Bien entendu, à cette détérioration des
conditions sociales de la majorité des habitants de la région,
correspond l'accroissement de la richesse de certaines couches, en
l'occurrence les hauts cadres de la CPG, des responsables régionaux, des
affairistes proches du pouvoir, etc. Il faut signaler que les recettes
des exportations de la CPG, et par conséquent de l'Etat, en produits
phosphatiques ont connu une croissance importante suite à l'augmentation
de leur prix sur le marché mondial. Les recettes sont passées de 858
millions de dinars (715 millions de dollars) en 2005 à 1261 millions de
dinars en 2007 et elles atteindront probablement 2,2 à 2,4 milliards de
dinars en 2008. Parmi ceux qui ont profité de la situation, on peut
citer le secrétaire général de l'Union régionale de l'UGTT (Union
Générale Tunisienne du Travail, l'unique centrale syndicale en Tunisie),
Amara Abbassi, qui est aussi membre du Comité central du parti au
pouvoir et membre du Parlement.

A part le « bakchich » qu'il reçoit, en
contrepartie de son rôle de « sapeur-pompier » des luttes des
travailleurs, il a monté une société de sous-traitance de main d'œuvre
qui lui a permis d'amasser une fortune aux dépens des pauvres
intérimaires qu'il exploite d'une manière inouïe bien qu'il soit
dirigeant d'un syndicat qui déclare s'opposer aux formes d'emploi
précaires ! Abbassi jouit aussi bien du soutien des autorités régionales
que de celui de la « bureaucratie » à la tête de l'UGTT formée en
majorité d'éléments corrompus.

Il est bien clair aussi que les habitants de Gafsa, tout comme
l'ensemble des Tunisiens, qui suivent les chaines de télévision
satellitaires ou qui ont des enfants instruits et intéressés par « la
chose publique », sont, à des degrés différents, informés de
l'aggravation du phénomène de la corruption dans le pays. Une poignée de
familles (celles de Ben Ali, de ses gendres, de ses proches et de ses
amis...) accumulent des fortunes colossales. Elles ont mis la main sur
les principaux secteurs de l'économie, profitant de la campagne de
privatisation.

Les banques sont à leur service leur pourvoyant
d'importants et multiples crédits sans garanties. C'est ainsi que les « 
créances douteuses » représentent près du tiers des crédits octroyés !

Certains membres de ces familles se sont spécialisés dans les « 
interventions » auprès de l'Administration pour le compte de ceux qui
sont prêts à leur verser des pots-de-vin importants. Nul ne leur
échappe, même les concours d'embauche dans la fonction publique dont les
résultats sont connus d'avance et où il faut payer pour espérer réussir
 ! Les citoyens peuvent ainsi constater la gravité de la situation qui
condamne les pauvres à voir leurs conditions se dégrader de plus en plus
tandis qu'une minorité liée au « trône » s'enrichit sans cesse.

Tous ces facteurs réunis ont créé un état de malaise généralisé dans
tout le pays et qui prend dans les régions les plus défavorisées, dont
celle du bassin minier de Gafsa, une dimension de colère latente qui
n'attend que l'occasion de surgir.

En effet, bien avant la publication des résultats du concours de la CPG,
la région de Gafsa a connu plusieurs mouvements menés soit par des
diplômés enchômagés qui se sont organisés, à l'instar de ceux de
plusieurs régions de la Tunisie, en « Comité régional des diplômés
enchômagés », soit par des paysans, travailleurs licenciés ou autres
habitants des quartiers populaires, pour exprimer leur indignation face
à l'oppression et à l'injustice qu'ils endurent. Puis, sont arrivés les
résultats du concours qui ont constitué « la goutte qui a fait déborder
le vase ». Ainsi ont été déclenchés les émeutes, les manifestations et
les « sit-in » des habitants du bassin minier.

Ce mouvement a eu, dès son début, un caractère populaire large, ce qui
l'a transformé en un soulèvement populaire proprement dit et ce malgré
son aspect régional plus ou moins circonscrit. Toutes les catégories
populaires ont adhéré à ce mouvement : ouvriers, chômeurs,
fonctionnaires, commerçants, artisans, élèves, etc. Ceux qui y
participent appartiennent à différentes générations, il y a des enfants,
des jeunes, des adultes, des personnes âgées. Les femmes, même celles au
foyer, ont pris part à la protestation et ont souvent joué un rôle
d'avant-garde.

Les divisions tribales, restées présentes dans la région
et continuellement instrumentalisées par le pouvoir, ont disparu dans ce
mouvement pour céder la place à l'appartenance sociale, de classe. Les
habitants ont compris qu'ils vivent dans la même situation de misère,
qu'ils partagent le même sort : le chômage, la marginalisation, la
pauvreté, la dégradation du pouvoir d'achat et, en général, la
détérioration de leurs conditions de vie.

Ce sentiment s'est confirmé au
fil des jours à travers les discussions, les affrontements avec les
forces de la police, l'entraide et la solidarité, etc. Il est difficile
aujourd'hui de faire marche arrière, surtout dans la ville de Redeyef,
d'autant plus que le mouvement continue à être encadré et est
susceptible d'évoluer.

Caractérisé par sa continuité, ce soulèvement vient de dépasser son
quatrième mois. Il se poursuit encore, notamment à Redeyef qui en
représente l'axe même, grâce à la présence d'un noyau dirigeant, de
responsables syndicaux et de militants politiques de gauche. Notre pays
n'a guère connu depuis l'« indépendance » (1956) un mouvement social qui
se soit prolongé dans le temps de cette manière. Outre la présence de
militants aguerris à sa tête, les facteurs objectifs ont eu un rôle
important dans la longévité de ce mouvement. Ces facteurs, déjà évoqués,
ont fait que les habitants n'ont rien à perdre, sinon leur misère et
leurs chaines.

Toutes les portes de l'espoir leur sont fermées et ils
ont ainsi perdu toute confiance dans le régime en place. Parmi les
facteurs qui ont favorisé la continuité du mouvement, la réaction du
pouvoir. Celui-ci n'a pu apporter de solution aux problèmes auxquels est
confrontée la région, ni réussi à satisfaire les revendications directes
des populations et à tenir ses promesses, même celles annoncées avec
pompe sous forme de « mesures présidentielles » en faveur de certaines
catégories sociales à Moularès en particulier. Ce qui a encore attisé la
colère des contestataires.

Pis encore, le pouvoir a eu recours, dès le
début du mouvement, à la répression : au début du mois d'avril, puis au
début du mois de mai, la répression a pris un caractère encore plus
violent et plus large à Redeyef et Moularès notamment, mais cette
répression n'a pas réussi à éteindre ni à étouffer le mouvement, au
contraire, elle l'a radicalisé. Le pouvoir s'est ainsi retrouvé dans
l'obligation de libérer les dirigeants et activistes arrêtés quelques
jours auparavant. Ces derniers ont été accueillis par des dizaines de
milliers de gens, en leaders populaires et en héros.

Il est certain que le pouvoir, surpris par l'ampleur du mouvement, a été
ébranlé par son unité, sa combativité et l'esprit de solidarité qui
anime ceux qui y participent. C'est pourquoi il a joué au début sur le
facteur du temps en pensant qu'il pouvait atténuer le mouvement et le
contraindre à l'effritement, car il craignait de faire des concessions
qui stimuleraient la revendication et l'étendraient à d'autres régions
du pays. Il craignait également que la répression ne confère au
mouvement une dimension aussi bien nationale qu'internationale, de telle
sorte qu'elle mette à nu la propagande démagogique du régime axée sur le
soit disant « miracle économique tunisien » et « les réalisations
grandioses réalisées sous la direction clairvoyante du président Ben Ali
 ».

En effet, ce qui se passe au bassin minier est un démenti cinglant de
toute cette propagande. S'il y a « miracle », c'est bien pour les
riches, locaux et étrangers, qui ont vu leurs fortunes s'accroitre d'une
manière vertigineuse, et non pour le peuple qui subit une oppression
économique et sociale des plus dures.

D'autre part, un peu plus d'une
année seulement sépare le régime de Ben Ali des « élections » de 2009 ;
déjà une campagne a été amorcée pour « solliciter » Ben Ali à se porter
candidat pour un cinquième mandat, synonyme de présidence à vie, afin
qu'il poursuive « ses réalisations » et mette en oeuvre la suite de son
programme « pour garantir à la Tunisie un avenir radieux ».

Bien
entendu, l'explosion de la situation dans les villes du bassin minier
complique la tâche du pouvoir, c'est pourquoi il s'est évertué à isoler
le mouvement en profitant de la faiblesse de l'opposition politique et
de la complicité de la bureaucratie syndicale. Cette dernière est allée
jusqu'à sanctionner certains syndicalistes (suspension de Adnane Hajji
de toute activité syndicale au sein de l'UGTT pendant 5 ans).

Mais tout
cela n'a pas empêché le mouvement de poursuivre son chemin, de faire
échouer toute tentative pour l'isoler et d'acquérir de la sympathie à
travers des moyens d'information indépendants, tels que la chaine de
télévision satellitaire « Al-Hiwar Attounoussi » (Dialogue tunisien) qui
émet depuis l'étranger, le journal électronique « Al-Badil »
(l'Alternative) animé par le parti communiste des ouvriers de Tunisie
(PCOT dans la suite du texte), les journaux de l'opposition légale
(Al-Mawkif, Mouatinoun, Attarik Al-Jadid...) et la presse clandestine,
notamment « Sawt Echâab » (La voix du peuple) organe central du PCOT, et
aussi à travers les actions de solidarité organisées à l'intérieur du
pays par le « comité national de soutien aux habitants du Bassin minier
 » et à l'extérieur par les partis et associations démocratiques aussi
bien tunisiens qu'étrangers.

DES FORMES DE LUTTE AUDACIEUSES

La répression était toujours de mise pour interdire les manifestations
de rue, les réunions dans les locaux des partis et associations reconnus
et dans les universités. Cette stratégie sécuritaire s'est avérée « 
efficace » pour le pouvoir puisqu'elle a réduit la contestation à une
sphère limitée en l'empêchant de se développer et de s'élargir. Les
actions de contestation sont parues, dans cette atmosphère, comme des
actions isolées dans un « océan de paix sociale », imposée en réalité
par la terreur policière, et que le régime de Ben Ali s'est mis à vanter
aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays comme étant une preuve
de la « réussite de ses choix » et de « l'union du peuple autour de lui
 ». Cependant, ce qui se passe au bassin minier de la région de Gafsa est
de toute autre nature.

Les forces de l'ordre ont été incapables de réaliser ce qu'elles
accomplissaient aisément par le passé, en réprimant une contestation
isolée et réduite à des minorités, ne serait-ce que parce que le
mouvement est réellement populaire et que tous ceux et celles qui y ont
participé sont déterminés à résister et à continuer leur lutte jusqu'au
bout car ils n'ont plus rien à perdre, à part leurs chaines.

C'est
pourquoi les forces de l'ordre qui sont intervenues violemment au début
du mois d'avril 2008 puis au début du mois de mai ont vite perdu du
terrain face à la détermination des habitants. Ce que les autorités
pouvaient interdire habituellement aux partis et associations même
légaux, aussi bien dans leurs sièges que dans les espaces publics, les
contestataires l'ont fait au bassin minier à leur guise et sans aucune
autorisation de la police.

Ainsi, les marches traversaient les rues jour
et nuit, les réunions ont lieu dans les espaces publics et les tracts et
les bulletins politiques sont distribués en plein jour sous les regards
de la police qui se contente de surveiller sans intervenir. Les
habitants ont créé un rapport de force, sur le terrain, en leur faveur
qui leur a permis de jouir de leurs droits de réunion, de manifestation,
d'expression, etc.

Les forces de l'ordre n'ont qu'une seule solution
pour arrêter le mouvement, c'est la prise pure et simple des villes du
bassin minier et le décret de l'état de siège et du couvre feu pour
empêcher toute activité (c'est ce qui se produira en effet, plus tard au
début du mois de juin — note du traducteur).

UN SOULÈVEMENT POPULAIRE

Il est certain que ce soulèvement a été marqué par sa spontanéité. Ce
caractère s'est clairement révélé au départ du mouvement et l'a
accompagné au cours des premières semaines. On entend par spontanéité
l'absence de direction politique qui organise le mouvement, le dote
d'une plateforme de revendications, le dirige sur le terrain et lui fait
éviter les débordements et les provocations des agents du pouvoir.

Mais
cette carence a été dépassée au fil des jours, principalement dans la
ville de Redeyef, alors qu'elle marque encore, à des degrés divers, le
mouvement dans les autres villes. A Redeyef, la prise de conscience
s'est traduite par l'élaboration d'une liste de revendications et d'un
plan d'action qui tient compte de l'état des rapports de force et
surtout de l'état d'esprit des masses de telle sorte qu'elles soient
elles-mêmes convaincues de ce qu'elles font et de ce qu'elles ont à
faire encore.

L'existence d'un noyau de militants syndicalistes et
politiques de gauche a joué et joue encore un rôle déterminant dans la
prise de conscience du mouvement et dans son organisation. En réalité,
la ville de Redeyef a fait dès le début exception dans le bassin minier.

Les difficultés apparues au début du mouvement ont été très vite
aplanies, ce qui a permis de dépasser les chefs de tribus et les
responsables locaux et régionaux qui sont à l'origine de ces difficultés
visant à diviser le mouvement, semer le doute en son sein et discréditer
ses dirigeants. « Le comité de négociation », dont les membres ont été
désignés par des assemblées syndicales, ainsi que sa ceinture large
composée de syndicalistes de tous les secteurs et de militants
politiques démocrates et progressistes, ont montré beaucoup de maturité
et de sagesse dans l'encadrement et l'orientation du mouvement. Ce que
l'on a même nommé « la deuxième trêve » (la suspension des marches, des
manifestations et des grèves pendant 15 jours pour créer, à la demande
des autorités, un climat propice aux négociations) a tellement renforcé
le mouvement en lui permettant de reprendre son souffle et de se
réorganiser, que personne ne doute de la capacité de ses dirigeants à
gérer les situations difficiles, déjouer les manoeuvres du pouvoir et
éviter l'avortement du mouvement. Il a confirmé la conviction que ces
dirigeants représentent les véritables chefs et les vrais porte-parole
des habitants.

Sur un autre plan, il importe de remarquer l'évolution de la conscience
des masses et des éléments actifs parmi elles. La lutte éduque ceux qui
y participent et développe leur conscience beaucoup plus rapidement que
les discours. En effet, les masses populaires qui ont adhéré au
mouvement se sont trouvées directement impliquées dans « les affaires
publiques ». Elles débattent leurs problèmes et leurs préoccupations,
elles débattent également la situation générale dans le pays,
s'échangent les informations et lancent des critiques acerbes au régime
de Ben Ali... elles découvrent par la pratique le caractère despotique
et dictatorial de ce régime et le fait qu'il soit au service des riches
et qu'il n'ait rien à voir avec leurs intérêts et leurs aspirations.

Elles découvrent aussi leur propre force et par conséquent leur capacité
à résister et à s'imposer. Les symboles du pouvoir dans la région, tels
que le maire, la police, la garde nationale, les structures du parti au
pouvoir (comité de coordination, cellules territoriales et
professionnelles...), se sont effondrés face à leur volonté. En un mot,
discuter politique à Redeyef n'est plus ni « interdit » ni « dangereux »
ni limité à une poignée de « têtes brulées » ! C'est plutôt devenu une
pratique ordinaire, un droit que tout le monde exerce sans peur et sans
attendre l'autorisation de quiconque. En fait, tout le monde critique le
maire et le gouverneur et Ben Ali même, en évoquant surtout
l'enrichissement extrême de ses gendres ainsi que des membres de sa
famille et de ses proches en général.

Plus près de Redeyef, à Moularès précisément, une tente installée par
les diplômés-enchômagés a abrité un groupe de jeunes. Leur expérience au
cours de leurs études à l'université d'une part et l'ouverture sur leur
entourage politique et syndical d'autre part, les ont aidés à élaborer
rapidement leurs revendications spécifiques qu'ils ont su intégrer dans
une perspective politique plus large.

Cette expérience les a préparés
progressivement à se transformer en un noyau important dans le
mouvement, exerçant surtout une influence considérable auprès des
intellectuels. Néanmoins, ce noyau n'a pu se transformer en une
direction du mouvement tout entier. En effet, il n'a pu bénéficier du
même soutien syndical et politique que le mouvement à Redeyef.

Malgré tous ces éléments positifs, il faut reconnaitre que ce
soulèvement populaire est resté marqué par sa spontanéité et par
l'absence d'une vision politique globale qui l'oriente. Le pouvoir a
essayé à plusieurs reprises d'exploiter cette faille pour faire éclater
le mouvement de l'intérieur. Tantôt, il a répandu des rumeurs selon
lesquelles le « président Ben Ali » allait intervenir pour « résoudre
tous les problèmes et satisfaire toutes les revendications » ; Il
fallait donc cesser le mouvement pour montrer « sa bonne foi ».

Tantôt,
il a propagé des mensonges aux dépens des dirigeants du mouvement dans
telle ou telle autre ville pour empêcher le développement d'une
solidarité entre les différents centres du mouvement et les isoler les
uns des autres.

Certes plusieurs facteurs, d'ordre plus général, ont
contribué et contribuent encore à empêcher le mouvement de s'unir au
niveau régional et de s'étendre à tout le pays et mobiliser toutes les
classes et couches populaires. Pourtant, les revendications des
habitants du bassin minier les intéressent toutes, étant donné qu'elles
subissent les mêmes injustices.

LA TRAHISON DES BUREAUCRATIES SYNDICALES

C'est peut-être la première fois que la fureur populaire se dirige ainsi
contre l'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) et précisément vers
l'Union Régionale et les syndicats miniers. En effet, l'indignation des
gens (traduite par des marches, des communiqués et des discussions) n'a
pas été seulement exprimée à l'égard du régime, mais elle a touché les
symboles de la corruption syndicale. Ces symboles, outre leur
acceptation du résultat du concours, organisé par la CPG, leur
implication dans l'esprit des hordes, des relations personnelles et de
la corruption, et leur exploitation directe des ouvriers au moyen de
sociétés de sous-traitance, ont une responsabilité dans la dégradation
de la situation dans la région. L'UGTT et les syndicats miniers n'ont
pas seulement gardé le silence, au contraire, ils ont refusé, lors du
dernier conseil régional, de présenter tout simplement les contestations
des habitants de la région. Bien plus, ils ont publié plus tard un
communiqué (en 12 points, daté du moi de mai 2008) dans lequel ils se
sont attachés aux résultats du concours en recommandant d'embaucher le
plus tôt possible « les admis », défiant ainsi d'une manière claire les
revendications des contestataires. L'autorité syndicale régionale, avec
à sa tête Amara Abassi, a suscité l'irritation des populations et fait
l'objet de leur indignation. Quant aux autres syndicats, ils ont fait
preuve d'indifférence et c'est peut-être la région de Redeyef qui a une
nouvelle fois fait l'exception la plus remarquable puisque les
syndicalistes locaux, et le secrétaire général de l'union locale en
tête, ont soutenu les contestataires et contribué activement à leur action.

Quant à la centrale syndicale, elle a comme d'habitude ignoré ce qui
s'était passé dans la région. Elle a, en effet, feint d'envoyer "une
commission d'enquête" composée de deux membres du bureau exécutif et du
secrétaire général du Syndicat général de l'enseignement de base,
originaire de la région. Et, comme prévu, cette commission n'a eu aucun
effet sur la réalité syndicale dans la région. En fait, Abassi a
continué à bafouer les intérêts des ouvriers et à manoeuvrer contre les
contestataires. Mais, si on s'attendait à ce que la bureaucratie
syndicale ait un comportement honteux et hostile envers les ouvriers et
les déshérités du bassin minier, tout le problème est dans la passivité,
sinon l'indifférence des secteurs syndicaux traditionnellement réputés
par leur combativité. Beaucoup d'observateurs se sont demandés où
étaient passés les secteurs de l'enseignement de base, de l'enseignement
secondaire, de la santé, etc. alors que les leaders de ce remarquable
mouvement contestataire appartiennent à ces secteurs et ont été victimes
d'incarcérations et de tortures. Où est passé à son tour le secteur des
postes ? En effet, les syndicats généraux n'avaient pas publié de
communiqués, ni organisé des actions de soutien. Ceux qui ont soutenu le
mouvement étaient des syndicats de base, des syndicats locaux ou
régionaux plutôt que des syndicats généraux qui avaient gardé le silence
par crainte du Secrétaire général de l'UGTT et de ses courtisans ou par
complicité avec eux.

SYMPATHIE POPULAIRE MAIS ...

Bien que le mouvement ait maintenant atteint son quatrième mois, il ne
s'est pas étendu pour revêtir un caractère national et englober les
différentes classes et couches populaires victimes de la politique
économique et sociale réactionnaire du régime de Ben Ali et de son
entourage. Exception faite de certaines protestations locales limitées
dans le temps et la fréquence, le mouvement n'a pas réussi à mobiliser
les autres régions ; il n'a même pas mobilisé la région de Gafsa dans sa
totalité. En effet, ceux qui se sont soulevés dans la région de Gafsa
sont les chômeurs à Zanouche, les paysans pauvres mêlés aux ouvriers
retraités et aux démunis en général pour revendiquer de creuser des
puits permettant de surmonter les grandes difficultés météorologiques
(Redeyef et M'dhilla), de régulariser la propriété foncière des terres
agricoles (Redeyef) et de mettre en oeuvre des pistes rurales et leur
asphaltage (M'dhilla).

Il est sûr que certains facteurs ont contraint le mouvement à rester
local, mais on ne peut pas les limiter aux facteurs subjectifs,
c'est-à-dire à la faiblesse des forces politiques de l'opposition ou à
la trahison de la bureaucratie syndicale ; il faut également prendre en
compte les facteurs objectifs. Le déclenchement du soulèvement du bassin
minier est lié à des causes locales, c'est-à-dire les résultats du
concours de recrutement organisé par la CPG et non à des causes
générales touchant tout le pays, telle que la hausse du prix du pain
lors de la "révolte du pain" en 1984 qui a pris une dimension nationale
malgré l'absence d'encadrement politique et la complicité de la
bureaucratie syndicale avec le gouvernement de l'époque.

S'agissant de la révolte du pain de 1984, il faut remarquer que la
jeunesse estudiantine a joué un rôle important dans la révolte du pain.
En fait, sa manifestation dans les rues le 3 janvier 1984 à Tunis a eu
un effet déterminant pour mobiliser les jeunes des quartiers pauvres et
les entraîner dans le mouvement. Dès que l'information concernant les
manifestations et les affrontements dans la capitale s'est propagée, les
gens sont sortis manifester à travers toutes les régions et villes du
pays, ce qui a obligé Bourguiba à revenir sur la décision concernant la
hausse des prix.

Cependant, bien qu'elle soit présente dans la majorité des villes, par
comparaison avec le milieu des années 1980, la jeunesse estudiantine a
perdu aujourd'hui le rôle qu'elle jouait pour plusieurs raisons qu'on ne
peut évoquer ici. Les actions de solidarité étaient donc limitées. Il
est évident que, faute de support, qu'il soit syndical (1978) ou
estudiantin (1984) ou politique, il est difficile que le soulèvement du
bassin minier dépasse son cadre local. Finalement, l'esprit général des
masses populaires diffère aujourd'hui de celui du passé. En effet,
malgré la dégradation de leurs conditions sociales et en dépit de leurs
plaintes et colère, elles sont démobilisées. Ceci est la conséquence de
deux décennies de répression, de peur, de frustration et de dégradation
des liens de solidarité, d'autant plus que les grèves de soutien ont été
légalement interdites depuis 1996 avec l'accord de la centrale
syndicale. C'est aussi à cause de l'effritement des grands centres de
travailleurs à la suite de la privatisation du secteur public avec ses
corollaires, la compression du nombre d'ouvriers et de salariés et la
précarité de l'emploi. Sans oublier le développement d'un esprit
individualiste et opportuniste, dans ce climat de "libéralisation"
sauvage. Mais une telle situation est susceptible d'être renversée de
fond en comble avec l'aggravation des problèmes sociaux et surtout
l'absence de perspectives.


LES PERSPECTIVES DU MOUVEMENT

Le soulèvement des habitants du bassin minier ne s'est pas interrompu. A
chaque fois que l'autorité a cru qu'il s'était calmé, les protestations
ont repris de plus belle, avec plus d'audace et de détermination. Il est
fort probable que ce mouvement dure encore longtemps puisque le pouvoir
n'a manifesté jusqu'à maintenant aucune disposition pour satisfaire les
revendications des habitants, du moins les plus urgentes. D'autre part,
ces derniers n'ont fait apparaître aucun signe de repli. En fait, de
jour en jour, ils deviennent plus unis et plus forts et font varier les
formes de lutte (marches, sit-in, grèves...).

Mais, on s'attend aussi à ce que le mouvement/soulèvement reste local,
car les facteurs qui ont fait obstacle à sa propagation, au moins, à
toute la région de Gafsa, ne sont pas faciles à surmonter en une période
de temps aussi limitée. Mais personne ne peut prédire l'avenir. Si le
mouvement atteignait la ville de Gafsa, nous ne croyons pas que cela
n'aurait aucun effet sur les autres régions du pays. Cela donnerait
plutôt au mouvement d'importantes dimensions politiques. Des événements
ou des explosions peuvent également se produire dans telle ou telle
région d'autant plus que les conditions sociales sont susceptibles de se
dégrader à cause de la hausse continuelle des prix, l'accentuation du
chômage, la gravité des écarts sur les plans social et régional et
l'accentuation de la corruption. De cette façon, le mouvement des
habitants du bassin minier pourrait connaître de nouvelles dimensions.
Néanmoins, nous ne pourrons pas désormais fonder nos jugements sur des
hypothèses, nous devons plutôt prendre la réalité en considération, agir
en fonction de cette réalité et rechercher des moyens susceptibles de
permettre au mouvement d'atteindre les objectifs escomptés sous un tel
rapport de force. De ce point de vue, nous croyons qu'il est urgent
d'unifier les composantes du mouvement dans les trois villes du bassin
minier et pourquoi pas former une direction commune dans les trois
villes en attendant que la ville de Métlaoui se joigne au mouvement.

D'autre part, la chose la plus importante pour assurer au mouvement la
continuité et préserver sa pérennité, voire l'élargir, est de chercher à
organiser les habitants dans des cadres appropriés et selon les
possibilités soit selon les centres de travail et d'études, ou selon les
quartiers. Le rôle de ces cadres consistera à désigner ou à élire les
dirigeants au niveau local, à discuter des problèmes posés, à prendre
position vis-à-vis des problèmes rencontrés, à mettre au point des plans
d'action et à aider les citoyens et citoyennes, qui n'ont plus confiance
en l'autorité, à gérer leurs affaires. Cet itinéraire démocratique est
aisément applicable et c'est l'un des facteurs susceptibles de
promouvoir le mouvement sur les plans politiques et organisationnels.

Finalement, nous croyons qu'il est indispensable d'accorder aujourd'hui
plus d'intérêt au mouvement de solidarité dans les différentes régions
du pays. C'est selon ce critère qu'on peut réviser la structure du
Comité national de solidarité pour qu'il soit vraiment national et qu'il
englobe toutes les forces qui peuvent adhérer à la campagne de
solidarité, telles que les partis, les associations, les comités
syndicaux et les personnalités. En effet, ce comité a vu le jour dans un
cadre relativement restreint et selon une vision limitée qui est
actuellement dépassée.

UNE RÉPRESSION SAUVAGE

Le soulèvement du bassin minier a duré plus que cinq mois. Le 6 juin
2008, le régime de Ben Ali l'a sauvagement réprimé. Des milliers
d'agents des forces de l'ordre ont été lancés contre la ville de Redeyf,
bastion de la résistance. Ils ont ouvert le feu sur la foule causant un
mort et 26 blessés dont un qui a succombé quelques semaines après à ses
blessures. Ils ont ensuite investi les quartiers populaires qu'ils ont
pris maison par maison. La police fasciste de Ben Ali a défoncé les
portes des maisons terrorisant, agressant et humiliant les habitants et
a pillé leurs biens. Les commerces n'ont pas été épargnés, ils ont été à
leur tour saccagés et pillés.

Les jeunes, moteur du soulèvement, ont été pris pour cible principale,
ils ont été agressés et arrêtés par dizaines. Des centaines d'entre eux
ont quitté leurs maisons pour se réfugier dans les montagnes proches de
la ville.

Dans la nuit du 6 au 7 juin, l'armée a investi la ville et occupé ses
principales rues et places décrétant le couvre-feu et imposant aux
habitants de ne pas quitter leurs demeures. Elle a bloqué l'entrée sud
de la ville ainsi que tous les accès aux montagnes où se sont réfugié
des centaines d'activistes et de jeunes pour empêcher leurs familles de
leur fournir de la nourriture et de l'eau potable.

Les dirigeants du soulèvement, dont notamment Adnane Hajji, Bachir
Abidi, Taïeb Ben Othmane et Adel Jayar, ainsi que des centaines
d'activistes ont été arrêtés, sauvagement torturés et incarcérés.

Après Redeyef, les forces de l'ordre ont attaqué la ville de Metlaoui et
y ont perpétré les mêmes crimes contre les habitants. Des dizaines
d'activistes et de jeunes ont été arrêtés, torturés et transférés
devants le tribunal de Gafsa qui leur a infligé de lourdes peines de
prison ferme allant jusqu'à 6 ans.

Les dizaines de simulacres de procès qu'ont subi les activistes et les
jeunes des villes du bassin minier où les droits de la défense ont été
systématiquement bafoués, les peines prononcées à leur encontre basées
sur des dossiers vides ou des "aveux" arrachés sous la torture et la
connivence des juges avec la police politique démontre clairement que la
"justice" est totalement inféodée au régime de Ben Ali et qu'elle joue
un rôle principal dans la criminalisation des luttes sociales.

Le 4 décembre 2008 est la date de l'ouverture du procès "des 38"
activistes et dirigeants du soulèvement de Redeyef.


Ammar Amroussia (
militant de la
région de Gafsa, qui a suivi de près le mouvement du bassin minier).

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