Secrétariat international de la CNT

Tunisie-Gafsa : Abandon des poursuites contre Fahem Boukadous, non à la presse bâillonnée

Publié le lundi 2 février 2009

Le syndicat interprofessionnel de la presse et des médias (SIPM) de la Confédération nationale du travail (CNT) attire l'attention des pouvoirs publics, des journalistes et du grand public au sujet d'un mouvement social en Tunisie, dans la région du bassin minier de Gafsa. De janvier à juin 2008, cette région déshéritée du sud-ouest s'est embrasée sous fond de chômage massif (plus de 30%) et de népotisme local. Face à l'absence de réponse des autorités, les manifestants ont organisé toute sorte de mobilisations (sit-in, rassemblements, grève de la faim) avant d'observer une grève générale régionale au mois d'avril. Résultat, une répression accrue, l'arrestation de dizaines de personnes, le quadrillage de plusieurs villes par l'armée et les brigades d'ordre public, bastonnades et pillages de maisons.

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Le rapport avec la presse ? Un véritable black out médiatique, pour ce conflit, dont nous arrivons le 3 février 2009 à l'épilogue : le jugement en appel des « principaux leaders » de ce mouvement, parmi eux des syndicalistes, des enseignants, infirmiers, des ouvriers, des chômeurs et des étudiants, et…un journaliste, Fahem Boukadous.

Pourquoi Fahem ? Parce que Fahem Boukadous, 38 ans, a eu le « malheur » de couvrir le mouvement pour la chaîne Al-Hiwar Attounsi, une chaîne, aux moyens limités qui diffuse ses programmes une heure par jour sur le satellite via le concours d'une télévision italienne. Le correspondant de la chaîne, faisait en effet des interviews vidéo des acteurs de ce mouvement et fut l'un des premiers à proposer des images à l'étranger et notamment aux journaux arabes. (1) La justice tunisienne, aux ordres de Ben Ali, l'a condamné en premières instance à 6 ans de prison par contumace pour “constitution d'une association criminelle susceptible de porter atteinte aux personnes et à leurs biens”. Alors qu'il a simplement exercé son métier, en transmettant des images des incidents du bassin minier de Gafsa à la chaîne de télévision. Ce n'est pas étonnant car en Tunisie, les journalistes sont souvent condamnés pour des motifs éloignés de leur profession afin d'éviter toute accusation de censure.

Fahem est actuellement en fuite, dans la clandestinité, mais il ne souhaite pas partir du pays. Ce militant des droits de l'homme qui a déjà été arrêté puis jeté en prison à plusieurs reprises, veut être rejugé, avoir droit à un procès juste. « Je n'ai pas peur de la justice, je suis dans mon droit », nous-a-t-il confié récemment.

A quelques jours du jugement en appel, le SIPM-CNT, s'élève vigoureusement contre les entraves à la liberté de la presse et d'expression dans un pays coutumier de ce genre de pratique.

Récemment, la police tunisienne a fermé les locaux de la radio indépendante Kalima, après un blocus de plusieurs jours et a interpellé une journaliste à l'issue d'une manifestation estudiantine. Et aujourd'hui encore, la presse ne peut se rendre dans certaines villes du bassin minier.

Classée parmi les derniers pays de la planète selon Reporters sans Frontière, la Tunisie dirigée d'une main de fer depuis 1987 par Ben Ali, montre une nouvelle fois son mépris et sa hargne à l'égard de ses journalistes, à fortiori ceux qui œuvrent pour une information libre.

Abandon des poursuites de Fahem Boukadous, Respect de la liberté de presse en Tunisie.

(1) Nous diffuserons prochainement certains extraits de son travail sur le site internet du SIPM

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