Secrétariat international de la CNT

Sonia MILENA : "Le paramilitarisme est une force d’appui avérée de l’Etat colombien"

Publié le mardi 28 octobre 2008

Sonia MILENA vient de la province de l'Arauca dans l'Est de la Colombie (à la frontière vénézuelienne). Fille d'une famille de paysans, elle milite dans le mouvement social de cette région depuis de longues années. Elle est présidente de la Fondation des Droits de l'Homme Joël SIERRA. Joël SIERRA est le nom d'un des principaux dirigeants paysans, emprisonné, torturé et assassiné par l'armé puis jeté dans une fosse commune avec le corps de quatre autres paysans en 2003.

Comment est née la Fondation des Droits de l'Homme Joel SIERRA ?

Sonia : Notre Fondation est née en 1996 à l'initiative de différentes organisations du mouvement social de l'Arauca. Notre travail consiste avant tout en la dénonciation des violations des droits de l'Homme dans notre région, l'aide juridique aux victimes, l'aide psychologique aux familles et aux victimes de la répression. Nous avons en outre mis en place un cycle de formations au sein des communautés indigènes et paysannes.

L'Arauca est une région riche en ressources naturelles comme le pétrole et l'eau. Dans ce contexte quel a été le processus de luttes dans votre région ?

Sonia : L'Arauca a une longue tradition de luttes et de résistance articulées autour d'un mouvement social structuré et fort ainsi qu'une présence notable de la guérilla.
Avant les années 80, la province de l'Arauca était abandonnée par les Autorités. Avec la découverte de réserves pétrolifères, l'Auraca est soudainement devenu une région de grand intérêt.
L'arrivée de grandes compagnies pétrolières s'est accompagnée de grandes violences à l'égard des communautés avoisinantes et des déplacements forcés de larges secteurs de la population.
Les soldats de l'armée colombienne venaient dans les villages en disant que les paysans devaient partir au plus vite car sinon des groupes paramilitaires allaient venir, massacrer tout le monde et couper les têtes aux gens.
Et c'est ce qui s'est passé : les paramilitaires, portant les insignes de l'AUC (Autodefensas Unidas de Colombia), qui dans certains cas étaient connus pour être membres de l'armée, sont arrivés.
Le paramilitarisme dans l'Arauca, comme dans d'autres régions, est une force d'appui évidente et avérée de la Force publique et de l'État colombien. Le gouvernement local de la Province ainsi que de nombreux maires de communes rurales sont eux mêmes ou liés ou contrôlés par l'AUC. Le spectre du paramilitarisme a augmenté la persécution des militants syndicaux, associatifs et paysans. Plus de 2000 d'entres eux furent éliminés par les groupe de l'AUC.


Officiellement les groupes paramilitaires sont censés avoir été dissous. la vérité est donc toute autre ?

Sonia : En 2005, le gouvernent colombien a promulgué une Loi de démobilisation des paramilitaires. Dans l'Arauca mais aussi ailleurs, ils n'en restent pas moins actifs. Le seul changement est le nom qu'ils utilisent : l'AUC était leur nom officiel. Ils s'appellent désormais les "Aigles noirs".


Malgré la répression, la lutte continue ?

Le gouvernement mène une politique générale pour imposer, par la terreur, la désarticulation du mouvement social, multiplier les déplacements de populations et ainsi laisser libre la voie pour de méga projets immobiliers et pour l'exploitation des réserves pétrolifères.
Afin de justifier la répression, les Autorités ont catalogué les organisations sociales de subversives. Accusations graves en Colombie puisqu'elles supposent un appui à la guérilla.
Malgré cela, la lutte continue. Les jeunes maintiennent la culture indigène et traditionnelle, par des spectacles de danse et de théâtre qui dénoncent la répression. Les Femmes s'organisent comme les paysans. Les syndicats de lutte organisent la riposte afin de défendre les droits élémentaires des travailleurs. Notre Fondation agit de même pour la "dignité et les droits de l'homme".
Au niveau international, il est important que se diffuse l'information sur notre réalité et sur notre processus de résistance.

Propos reccueillis par Mar GRACIA et Raul GONZALES (CGT espagnole)

Traduction Jérémie (SI de la CNT)

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